une mission au Congo – Brazzaville

Soeur Michèle Panchard est une carmélite, elle vit dans le monastère du Carmel à Brazzaville avec d’autres carmélites. Pour elles, la prière, le partage, l’écoute et les tâches quotidiennes sont des défis de tous les jours.

Pour la population congolaise, les carmélites sont une présence d’espérance. Elles les aident à faire face à leurs problèmes en leur donnant et en les ressourçant avec les vraies valeurs de la vie.

Les soeurs vivent très simplement et comme les congolais.

Elles aident certaines familles et certaines personnes qui sont en difficulté en leur partageant soit des médicaments, de l’alimentation ou de quoi subvenir à leurs besoins.

Leur but n’est surtout pas d’en faire des assistés mais de les aider à se mettre debout.

Leur centre d’accueil est très prisé tant par les malades, les pauvre, les gens malheureux, que par les gens qui veulent profiter. C’est à force de rencontrer et de dialoguer avec les personnes que les soeurs connaissent les vraies difficultés de chacun et chacune.

Les carmélites se subviennent à elles-mêmes. Elles ont un atelier de pain d’autel (pour les diocèses), un atelier de confection de vêtements liturgiques, ainsi qu’un potager qui leur fournit leurs légumes et assure un exercice salutaire au grand air pour les soeurs. Un poulailler les ravitaille en oeufs.

Chacune prend courageusement et avec amour sa part de travail et de peine. La vie fraternelle ne peut se construire que dans la vérité et la transparence.

Elles essayent de créer un climat d’écoute, d’accueil profond. Que la vie, les interrogations, les difficultés, les souffrances puissent être exprimées et accueillies avec amour et respect. C’est un effort à renouveler sans cesse!

Vie religieuse : il y a 40 ans les soeurs carmélites s’implantaient au Congo

(article publié le 10 février 2015 dans le bi-hebdomadaire d’information et d’action sociale paraissant au Congo-Brazzaville

« La semaine africaine »)

Les sœurs carmélites de Kinsoundi, toujours joyeuses, aimables, douces et accueillantes, nous font dire qu’elles ont rencontré l’objet de leur inclination intérieure, gravée par l’Esprit, les poussant vers ce pourquoi la vie moniale est faite et ainsi vers celui qu’elles contemplent: le Christ qui constitue leur épanouissement.

Ces  personnes consacrées, dévouées dans une vie simple d’adoration, de contemplation perpétuelle, d’humilité, de travail et de fraternité, sont près de nous. Leur vie contemplative est une expérience riche et heureuse.

Le témoignage évangélique de la vie religieuse contemplative qu’elles apportent au regard des Brazzavillois qui les voient vivre, démontre combien tout est primauté de l’amour de Dieu dans leur vie, bénédiction et action de grâces pour tous. Sainte Thérèse d’Avila disait: «Dieu me demande de vous, qu’une chose, c’est de le regarder». En effet, en toute chose merveilleuse, Dieu continue de manifester sa grandeur, la splendeur de sa création, la finitude de son amour, en choisissant toujours et dans n’importe quelle circonstance, les hommes et les femmes appelés à devenir des vrais témoins de sa parole. Les uns veulent le contempler, par un regard spécial, attentif à la promesse faite à nos Pères, parce que l’on cherche Dieu; les autres aspirent à pénétrer en profondeur sa parole, son existence et  son appel.
En relisant le Concile Vatican II  dans «Ad gentes» n°18, il est très clair sur l’implantation des moines et des moniales dans le monde, quand il précise: «La vie contemplative doit  relever du développement complet de la présence de l’Eglise. Et il faut qu’elle soit instaurée partout dans les jeunes Eglises». C’est pour cette raison que les premières moniales, que nous avons longtemps côtoyées dans le diocèse de Pointe-Noire, sont les Sœurs Visitandines de Loango. Puis vinrent les Moines bénédictins de La-Pierre-qui-Vire de France, installés à la Bouenza.
Eu égard de ce  qui précède, ces présences monastiques précitées, Mgr Emile Biayenda, alors archevêque-coadjuteur, responsabilisé par Mgr Théophile Mbemba, de s’occuper particulièrement de l’implantation d’un Carmel à Brazzaville, écrivait, le 3 juin 1971, à plusieurs Carmels de France, dont celui de Lisieux: «J’ai été chargé, par Son Excellence Monseigneur Théophile Mbemba, de me tourner vers vous, mes bien chères sœurs, afin qu’ensemble, vous envisagiez à venir fonder chez nous… et mener, parmi nous, cette vie de prière, d’intercession et de contemplation…».
Ce fut, en même temps, la dernière volonté de Mgr Théophile Mbemba, qui mourut le 14 juin 1971. Deux religieuses carmélites répondirent à la demande de l’archevêque, Sr Michèle Panchard, Suissesse, du Carmel de Verdun, et Sr Gisèle Mihouet, Française, du Carmel de Tours. A la lumière de l’Evangile, les deux religieuses arrivent à Brazzaville le 21 juillet 1974. Accueillies d’abord par les Sœurs de Saint Joseph de Cluny, à Javouhey, elles sont, ensuite, hébergées par les sœurs dominicaines de la rue Mbochis, lorsqu’une troisième carmélite, Sr Pamela, une Sud-africaine, les rejoignit.
Le 8 février 1975, le Cardinal Emile Biayenda les installe au foyer Abraham, en les confiant à la paroisse Notre-Dame de Bacongo où le curé, l’abbé Barthélémy Batantu, et les chrétiens les accueillent avec liesse et acclamations.
Devenu leur confesseur et père spirituel, l’abbé Batantu va, également, apprécier la présence des Carmélites comme un enrichissement spirituel, bénéfique pour tous. Chacun y retrouve une communauté fraternelle, avec une simplicité de vie sans apparat. Sr Pamela  d’Afrique du Sud est rappelée dans son pays, pour une mission  pressante. Elle quitte, donc, le Congo-Brazzaville, le 4 avril 1975. D’autre part, la mort inopinée et brutale du Bon Cardinal Emile Biayenda, le 22 mars 1977, va bouleverser toute la chrétienté. Nous pleurions avec les deux Carmélites, Sr Gisèle et Sr Michèle, qui avaient aussi perdu, en même temps que nous, leur père dans la foi. Le Congo tout entier était effondré.  Mais, il fallait tenir, malgré la douleur, et continuer l’œuvre.
Très courageuses et fidèles à la promesse faite au Cardinal, les sœurs s’arment de confiance pour poursuivre leur projet de bâtir le Carmel de Brazzaville: «Qui regarde vers Lui, resplendira, sans ombre ni trouble au visage. Un pauvre crie; le Seigneur entend: Il le sauve de toutes ses angoisses» nous précise le Psaume 33.  C’est dans cette espérance que le 21 novembre 1977, Sr Marie Chantal, venue du Carmel de Troyes, en France, vient renforcer le nombre des deux autres. Toutes déterminées et confiantes dans le Seigneur, elles s’activent pour la construction du Carmel. Plusieurs lieux sont inspectés et l’abbé Batantu, inspiré par l’Esprit divin, s’exclame: «Mais, il y a la forêt du Séminaire Saint-Jean de Kinsoundi». Le consensus est adopté et, sans plus tarder, les chrétiens sont mobilisés pour débroussailler la forêt où serpents, guêpes, fourmis piquantes et épines vont être mis hors d’état de nuire.
Le 5 octobre 1978, c’est la pose de la première pierre par l’abbé Louis Badila, vicaire capitulaire de Brazzaville. Le plan du Carmel est opérationnel. Les ouvriers du chantier sont désignés. Les Carmélites sont chargées de transporter le matériel du chantier et elles sont en même temps au four et au moulin. Nombreuses sont, également, les personnes de bonne volonté qui se mettent à pied d’œuvre, pour les aider dans cette mission. Chemin faisant, la réalisation du projet voit le jour et tout est prêt: «Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande…» (Mt 5, 12).
En la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, le 16 juillet 1979, finalement, les trois religieuses carmélites (Chantal, Michèle et Gisèle) disent au revoir à la paroisse Notre-Dame de Bacongo, à la messe présidée par Mgr Barthélémy Batantu, leur ancien curé, devenu, en février de la même année, archevêque métropolitain de Brazzaville. Ce dernier les exhorta puis les bénit: «Je vous envoie en mission au Carmel, à la colline Saint-Jean».
Le 24 août 1979, les Carmélites quittent le Foyer Abraham à pied, avec le Saint Sacrement, comme en pèlerinage, dès 5h du matin, pour entrer dans leur monastère du Carmel de la colline Saint-Jean. Mgr Batantu célébra la première messe à 8h, de ce même jour, en l’honneur de la première fondation du monastère de Saint-Joseph d’Avila, par Sainte-Thérèse.
Le 25 novembre 1979, deux premières aspirantes entrent au Carmel, Françoise Weloli et Pauline Moutombo. Elles  vont prononcer leurs premiers vœux le 21 novembre 1983 en la fête du Christ-Roi. Depuis, d’autres jeunes filles ont répondu à cet appel exceptionnel de la vie contemplative. A cet effet, nous nous rappelons l’homélie du Pape François, le 2 février 2014, en la fête de la présentation de Jésus au Temple. Son message avait retenu notre attention: «Jésus vient à notre rencontre dans l’Eglise, à travers le charisme fondamental d’un institut: il est beau de penser ainsi à notre vocation! Notre rencontre avec le Christ a pris sa forme dans l’Eglise à travers le charisme de l’un de ses témoins, homme et femme. Cela nous étonne toujours et nous fait rendre grâces. Et dans la vie consacrée aussi, on vit la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées, entre observance et prophétie… Le signe de cela est la joie: La joie d’observer, de marcher dans une règle de vie; c’est la joie d’être guidés par l’Esprit, jamais rigides, jamais fermés, toujours ouverts à la voix de Dieu qui parle, qui ouvre, qui conduit, qui nous invite à aller vers l’horizon».
Cette année donc, le 2 février dernier, les sœurs carmélites ont fêté les dix ans de l’érection canonique de leur Monastère par Mgr Anatole Milandou, archevêque métropolitain de Brazzaville qui dira, en substance, en 2005: «Cette érection canonique est une sorte de formalité administrative, l’aboutissement d’un long chemin enfoui au cœur de l’Eglise et de la terre du Congo. C’est une confirmation ecclésiale officielle… de maturation de ce long travail caché de l’Esprit-Saint dans les cœurs…». Les Carmélites, au cœur de Brazzaville, expriment le mystère profond d’une vie de foi. Leur existence est toute de prière, d’abnégation, de services, de silence, mais à travers leur silence, leur parole est d’or. Toute leur recherche de Dieu au quotidien, voilà qui est leur leitmotiv essentiel, chemin de leur choix radical, qui nécessite bien souvent en elles, d’accéder à une profonde connaissance de soi, parfois même douloureuse, mais réconfortante.
Leur solidité dans la vie de la communauté les porte en tout et pour tout. Avec la charité vécue à chaque instant, tout est réconfort du fait de la grâce de la rencontre qui  illumine et qui simplifie tout. Dans son livre intitulé: «J’ai trouvé Dieu», la Mystique française, Elisabeth de la Trinité, Carmélite, explicite tout en peu de phra-ses: «Laisse-toi aimer plus que ceux-ci! C’est-à-dire sans craindre qu’aucun obstacle n’y soit obstacle… Laisse-toi aimer plus que ceux-ci, c’est ta vocation, c’est en y étant fidèle que tu me rendras heureux, car tu magnifieras la puissance de mon amour. Cet amour saura refaire ce que tu aurais défait… Laissez-vous aimer par Dieu plus que les autres, cela explique tout et empêche l’âme de s’étonner…».
Dans la fidélité de ce don total de soi, nous nous rappelons qu’il y a bientôt 35 ans, le 20 juillet 1980, les deux premières Carmélites africaines, Sr Françoise et Sr Pauline promettaient définitivement, par leurs vœux évangéliques, de continuer en expérience et sagesse, le flambeau de la vie du Carmel au Congo. Pour porter en avant cette lumière, Sr Marie-Agnès fit la sienne (la profession solennelle),  le 30 janvier 2000. La grâce a continué d’abonder avec Sr Marie-Joseph qui se donnera totalement et pour toujours, dans les règles du Carmel,  le 24 avril 2010. La promesse de Jésus est réelle dans sa charte du bonheur avec les Béatitudes et les paroles de Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus continuent à nous stimuler et à nous faire aimer l’Eglise, Corps du Christ: «Dans le cœur de l’Eglise, ma mère, je serai l’Amour» Et elle ajoute encore: «La charité me donna la clé de ma vocation, je compris que l’Eglise avait un cœur et que ce cœur était brulant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Eglise… Je compris que l’Amour était tout… J’ai trouvé ma place dans l’Eglise…». Oui, cette place dont parle la petite Thérèse, Sr Marie-Chantal l’a trouvée quand elle est entrée dans la vie du ciel, le jour de Pâques, à 15h, le 20 avril 2014. Elle est enterrée au Carmel même où elle repose dans la paix de celui en qui elle avait mis toute son espérance et sa foi.
Au cours de cette année dédiée aux personnes consacrées, prenons le temps de découvrir les sœurs carmélites de Brazzaville, prier avec elles et voir combien leur présence est une action de grâces pour tous les croyants, l’Eglise universelle et l’Eglise-Famille de Dieu, au Congo. Deo Gràtias!

Sr/Dr Marie Brigitte YENGO
Religieuse Congolaise du Rosaire